À croquer

Prendre son temps… au restaurant…

Lorsque je vais au restaurant j’aime prendre mon temps. Celui que je n’ai pas habituellement. Celui après qui je cours sans cesse dans des journées qui ne font que 24 heures. Celui que je presse comme un citron. Paradoxalement, dans une (pas si) étrange contradiction, j’aime prendre mon temps pour manger alors que je suis une p*tain d’impatiente qui exige que tout aille vite.

Le plaisir de la chère est tellement éphémère que je tente de le faire durer le plus longtemps possible. Alors forcément, quand cet instant est bâclé à vitesse grand v je ressens une énorme frustration. Quoi de plus horrible que des préliminaires stoppés en pleine ascescion et rester sur sa faim…

in de wulf

C’est plus ou moins ce qu’il s’est passé ce soir là à In de wulf. In de wulf c’est cette table belge que je désirais depuis des années. Je la fantasmais, je l’imaginais, je la gardais dans un coin de ma tête. Et puis c’est le grand soir. Forcément on enfile une jolie veste et on s’y rend presque la boule au ventre. Celle de l’attente et de l’espoir de vibrer intensément.

Sauf qu’il n’y a eu aucune place pour les premiers émois. La faute à la dictature imposée au client qui n’a le choix et le temps de rien.

Ca a commencé avec un appel du resto parce que nous avions précisément 11 minutes de retard sur l’heure de réservation. Ce n’est pas comme si  j’avais tenté d’appeler deux fois (sans succès) pour prévenir que nous étions paumés dans la campagne… Là-bas tout s’est enchainé avec cette même maladresse. Parce que nous sommes arrivés à 20h20, au lieu de 20h, nous n’avons pas pu opter pour le grand menu qui contenait juste 3 plats en plus. 20h20. J’affiche un air des plus hébétés. 20h20 et il est trop tard pour prendre le menu qu’on souhaite. 20h20. Pas 21h, pas 22h, pas 23h. 20h20. Juste 3 plats en plus. Incompréhension. Passons. C’est le soir de mes 30 ans, je suis assise à cette table tant désirée. Le verre est à moitié plein, pas à moitié vide.

Dans un véritable tourbillon, les plats déboulent et se suivent à une allure folle. Une spirale infernale qui m’aspire sans que je puisse souffler. Je n’ai jamais vu ni connu ça. Tout va tellement vite que je n’ai pas le temps d’apprécier ce que je goûte. Pourtant les plats sont sublimes, les saveurs divines.

Etant donné que notre « retard » est largement rattrapé, je demande si l’on peut avoir cette fameuse flamiche au maroille. Quelques instants plus tard la spécialité est sous mon nez. Pendant 5 bonnes minutes je fais une petite pause. Je prends enfin le temps de siroter mon verre de vin, de me détendre, d’apprécier ce moment. Je ne touche pas un seul morceau de la flamiche, pas une miette. 5 bonnes minutes donc et la serveuse arrive et me demande « je peux vous débarrasser ? ». 5 bonnes minutes. 5 p*tain de minutes. Il n’est pas 2h du matin. Il reste encore pas mal de clients. Ca ne fait pas 25 minutes que j’ai ce plat sous mon nez. On me demande si on peut me débarrasser alors que je n’ai pas touché mon assiette. Quelque chose m’échappe…

S’échapper et débarrasser le plancher, c’est justement ce que nous ferons au plus vite pour en finir avec ce dîner.

10 commentaires

  • geoffrey says:

    l’angoisse … ca donne presque envie d aller au flunch …

  • Marion says:

    Impatiente toi ? :p

  • matinbonheur says:

    Si je comprends parfaitement que dans des petits restau il y ait un certain timing à respecter, parce que les tables doivent être renouvelées (et encore on peut choisir le 2e service si on a envie d’être plus relax), j’ai dû mal à savourer le moment autour d’une très bonne table si le service se fait pressant.

  • L’angoisse… Je déteste absolument ça et le « je peux vous débarrasser ? », je crois que ça m’aurait vraiment vraiment énervée !

  • Yann says:

    Merde alors ! Je suis navré. Quelle faute…

  • Mr Lung says:

    Le plus grand luxe, c’est le temps. Si les restaurateurs qui se positionnent sur la gastronomie ne comprennent pas ça, c’est qu’ils n’ont rien compris. Quant au service, s’il se contente d’apporter et de débarrasser des assiettes en oubliant le conseil et l’échange, il peut aussi changer d’établissement et aller au bistrot du coin !

  • georgy says:

    Mais enfin si je comrpends bien…tu ne veux pas dire ou c’est ou c’est moi qui suit biglou ?!

  • clairettededie69 says:

    quelle frustration, tant d’attente déçue…
    est-ce que tu as pu en discuter sur place avec qqn ??

  • Le temps au restaurant.. combien d’établissement prennent la mesure de leur client ? combien arrive a disposer du ressenti nécessaire pour ne pas brusquer ou ne pas ennuyer sa clientèle. C’est à mon avis la base d’une bonne réception, la maîtrise du temps au service des convives. Combien de fois je me suis senti poussé vers la porte de sortie dès le début du repas.. ( brasserie bocuse..) et combien de fois je me suis mis à jouer à Candy Crush entre deux plats.. (  » oui, votre plat arrive.. » ) Tout les lieux de restauration qui réussissent à disposer du timing parfais réalisé pour moi déjà 33% de la satisfaction client. ( au pire c’était pas bon, mais l’on a passé un bon moment!)

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