À croquer

Les rééditions de l’été : Mes madeleines

Pendant ce mois d’août, je vous propose de découvrir ou re-découvrir des anciens articles. Publié en mars 2011 – mais écrit il y a des annnéééééééés – il raconte la genèse de mon amour pour la bonne bouffe.

Il y eu un temps où les pommiers en fleurs berçaient mes balades en tricycle sur ce fameux chemin de ferme. Tellement insouciante qu’un jour vous vous prenez le jus dans l’un de ces fils électriques qui gardent les vaches, aïe ! Je coursais sans fin le chien Choupette qui me faisait tourner en bourrique, déjà à cette époque on aimait m’embêter. Mamie Madeleine me prenait sur ses genoux et c’était parti pour l’aventure au volant de la 4L bleue. C’est comme ça que ça se passait dans ma douce campagne. C’était rien bien !

Les matins, l’imposant buffet normand prenait tout son sens. Beurre salé et chouquettes voici les secrets de ses entrailles. Ce beurre justement, à peine sorti de la baratte et si délectable sur du pain frais. 16 heures, bénie soit l’heure du goûter. Dans son bel emballage, tout droit sorti des mains du pâtissier, il était là sur la table. Ces petites tresses feuilletées s’offrant à mes lèvres, ces pommes fondant sur le bout de ma langue… Le grillé aux pommes sera à jamais mon meilleur amant. Et c’est peu dire. Le soir, les gourmandises se faisaient plus enivrantes dans ce décor aux milles colombages. Il fallait bien se requinquer après la chasse au trésor dans le grenier et après avoir déshabillé un lapin. Les bulles du cidre me chatouillaient le ventre alors que mes yeux dévoraient littéralement le flan fait maison. Le calva ça serait pour plus tard. La nuit tombée, il y avait ce Lindor que je venais dévorer en douce entre deux coupures pub. Difficile d’étouffer le bruit sourd du frigo ! La main dans le sac, mamie Marcelle me grondait avec amour. Qu’est ce que je donnerais pour me faire encore disputer…

Comme tout bonheur avait une fin, le pont de Tancarville annonçait le retour alors qu’il était le messie même quelques jours auparavant. Et puis les vieux ont cassé leur pipe. Il y a ce jour où vous ne comprenez pas pourquoi, mais vous prenez la route en pleine nuit. Ce jour là il pleuvait comme pour annoncer mes larmes. Heureusement mamie Madeleine a pris soin de me donner son nez, et pas des moindres. Terminé l’ours en chocolat pour Pâques, terminé la petite chambre bleue. Plus de ferme, plus de Choupette, plus de repas sur cette immense table en bois.

Grand dieu que je l’aimais cette Normandie là… Bien qu’elle soit toujours là, pas moins savoureuse, pas moins belle, juste différente. J’y retourne souvent pour retrouver mes racines. C’est ma bouffée d’oxygène, mon quota d’affection et d’émotions. Sur la route je ne demande plus « combien il reste de péages avant d’arriver ? », sur la route je passe devant cette ferme au portail fermé.

Une page s’est tournée, pourtant je la ré-écrirais. Un jour mes enfants découvriront ce jardin secret. Eux aussi goûteront au charme des pommiers fleuris de mamie Madeleine.

Officiellement Marjorie Marcelle Madeleine, c’est moi, c’est elles.
N’habite plus à l’adresse indiquée et pour cause.

3 commentaires

  • Alexandre says:

    Merci pour cette réédition !
    Comme dans chacune de tes chroniques remplies d’émotions intactes, tu parviens à nous inviter à ta table, on se sent assis à tes côtés pour partager ces saveurs et tes souvenirs, ou en train de courir juste derrière toi, pour rattraper Choupette.
    Chapeau !

  • anneso says:

    C’est waouuu pfiouuuu, miam, snif… L’émotion est là, on imagine, on devine, on s y voit… Moi aussi, je n’ai plus droit depuis longtemps à la tarte aux poires caramélisées de mamie et au jambon-coquillettes beurrées du samedi soir…. et pourtant, comme dirait Bourvil… C’etait bien

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