Adresses à Lyon

Paul Bocuse, déguster un morceau d’histoire

Il y a eu une première fois. Je ne me souviens plus vraiment de mon âge, une dizaine d’années à peine, je n’étais pas franchement impressionnée par tout cet apparat. Si j’ai peu de traces de ce dîner, je sais dire avec précision où nous étions assis. A l’époque, je m’étais rangée derrière l’avis de mes parents qui n’étaient pas emballés par cette parenthèse gastronomique d’un autre temps.

 Escalope de foie gras de canard poêlée au verjus

Loup en croûte feuilletée, sauce Choron

Des années plus tard, je m’attablais à une autre place. J’avais envie de faire ma propre idée et d’apprécier cette maison à ma guise. Il faut dire que j’étais déjà conquise avant l’heure, le destin m’ayant rapproché de M.Paul pour quelques projets. Je nourris dès lors une tendresse particulière pour l’homme et un profond respect pour ce qu’il a accompli.

Depuis, je m’insurge avec violence contre ses détracteurs. « Il est trop mégalo », « 3 étoiles ? Ca ne les vaut pas », « c’est trop lourd comme cuisine », « ses plats n’ont pas bougé d’un poil ». D’un air condescendant et méprisant, je m’évertue dans un argumentaire sans faille à leur démontrer qu’ils ont tort. D’ailleurs, François Simon résume parfaitement le fond de ma pensée dans cette vidéo, je vous conseille vivement de visionner ! Quand on est amateur de bonne bouffe, cette table est un musée. Un éloge de la tradition et du savoir-faire. C’est comme un précieux pèlerinage qui restera marqué dans l’esprit à jamais.

Et puis cette fois-ci, j’ai savouré ce moment comme si c’était le dernier. Avec cette boule au ventre désagréable à l’idée de ne pas croiser M.Paul faire son petit tour en salle. J’avoue avoir tristement en tête que c’est peut-être la dernière fois que j’y vais de son vivant. L’idée me pétrifie mais me donne cette folie et cette joie des derniers instants – qui au final illumineront notre déjeuner. Et quel déjeuner… Si les mise en bouche nous amusent de leur petit côté saugrenu, le service, la qualité de l’entrée et du plat nous laissent un sourire indélébile. Je regrette que la faim manque pour terminer la moindre miette de feuilleté. Il craque dans ma bouche, j’ai les doigts luisants de gourmandise. Il faudrait presque venir là juste pour ça. En éternelle fan de « gras », je suis comblée.

De retour à la maison, le menu trouve sa place sur une étagère du salon. Quoi qu’il arrive, M.Paul sera toujours là avec moi.

17 commentaires

  • Alexandre says:

    Ton témoignage est touchant.
    Je ne comprends pas ces critiques (jaloux ?), qui cherchent à réduire tout ce que Monsieur Paul a bâti au fil de sa carrière, ce qu’il a construit et accompli pour le plus grand bénéfice de la France et de Lyon.
    J’aimerai bien qu’il ait une statue à Lyon de son vivant !
    (il y a 3 pingouins à la Cité Internationale, on mérite bien un M. Paul près des Halles … Faudrait lancer une souscription dans un prochain billet !)

    Et ta photo des caisses de vins … bon sang, c’est dingue :o))

  • mon déjeuner chez Bocuse remonte à quelques années (voire plus) juste le même regret que toi…plus assez de place pour finir le déjeuner (notamment le dessert):-)

  • Hilda says:

    Bonjour,
    Je suis à 100% de ton avis Monsieur Paul est un patrimoine mondial. Merci pour ce témoignage.

  • Milie says:

    haaaa…. J’aimerais tellement y aller !

  • Milie says:

    Bravo pour ton article. Tu racontes ça très bien.

  • merci pour ce tendre témoignage

  • Quel article touchant… tu me donnes vraiment envie d’y aller, malheureusement mon budget d’étudiante ne me permet pas de tels privilèges…

    J’espère pouvoir y remédier un jour :)
    Merci pour ce témoignage si sincère que tu fais ici.

    • Faim de Lyon says:

      Oh mais en étant raisonnable, on peut s’en tirer pour une petite 100aine d’euros : un plat, un verre de vin et un dessert. Je sais que c’est tout de même un budget mais ça vaut tellement le coup d’économiser !!!!

  • Babeth says:

    J’ai toujours défendu M Paul qui est un grand monsieur, j’ai eu la chance de visiter son splendide restaurant quand j’étais à l’école hôtelière. Mais c’est il y a seulement 3 ans, que j’ai eu la chance de goûter à sa cuisine. Et moi aussi, j’avais entendu les pires remontrances, critiques, c’est pas bon, c’est gras… J’y est toujours pas cru, car je voyais la jalousie et l’envie dans les yeux de ces gens. J’ai toujours su au fond de moi que ce devait être un bonheur et un moment magique de manger à la table de Paul Bocuse. Et je n’aoi pas été déçu, c’était même au delà de mes espérances, un service discret et parfait, des mets frais et délicieux, la visite de M Paul à notre table, le défilé impressionnant des desserts… Tout était parfait, même plus que parfait. Alors je dit que les personnes qui ont la chance de pouvoir s’offrir un repas là bas et qui critique sont vraiment des jaloux qui ne connaissent pas la grande cuisine. Moi aussi, je voulais y aller au moins une fois de son vivant.

  • Georgy says:

    J ai mis beaucoup de temps à accepter d aller chez Mr Paul, cette cuisine me semblait trop bourgeoise et classique….jusqu’au jour ou j ai voulu faire plaisir à ma mère . J y ai découvert un endroit hors du temps et des poncifs contemporains, un gros doigt d honneur à la nouvelle cuisine et j’ai aime !!! À part les desserts peut être …..
    J ai eu de belles émotions gustatives, avec mon turbo au champagne et surtout mon ris de veau ahhhhhhhhhhh
    Le vin, un régal , service détendu et fluide
    Bref j’ai revu mon avis. J ai adoré . Merci Marjorie, cet article est un bel exemple d’intelligence culinaire, il faut de tout en cuisine, et surtout n oublions pas que Mr Paul a fait ce que sont tous les cuisiniers actuels . Ta plume s aiguise de plus en plus, attention à ne pas te couper un doigt quand même , ce serait dommage !!

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